Pour nos enfants — le programme intégral

PRÉAMBULE — NI DÉCLINISTE, NI NAÏF

La France ne manque pas d’argent. Elle prélève chaque année plus de 1 250 milliards d’euros sur le travail, la consommation et le capital de ses habitants — un record du monde développé. Elle dépense davantage encore. Et pourtant, l’école recule, l’hôpital craque, les ponts s’affaissent et les juges manquent de greffiers.

Ce livre part d’un constat simple : notre pays ne souffre pas d’un manque de moyens, mais d’une incapacité à arbitrer, à simplifier et à transmettre. Le déclin n’est pas une fatalité ; c’est une organisation.

Ce livre n’est pas un catalogue de promesses. Chaque proposition qui suit a été passée au crible d’un moteur de simulation construit sur vingt ans de données publiques — celles de l’INSEE, de la Cour des comptes, d’Eurostat, du Conseil d’orientation des retraites. Chaque chiffre est vérifiable. Chaque réforme affiche ses perdants avant ses gagnants, car un programme qui ne désigne que des gagnants est un programme qui ment. Notre promesse n’est pas que personne ne paiera : c’est que tout le monde paiera un peu, et que tout le monde y gagnera — pas tous en même temps, mais tous.

Et nous prenons un engagement sans précédent : nos objectifs à cinq ans seront publiés, mesurables, opposables. Si la dette n’a pas commencé à refluer, si le budget ne converge pas vers l’équilibre, les députés de notre majorité ne se représenteront pas. La parole publique redeviendra une dette d’honneur.

Deux mots, enfin, qu’on ne trouvera pas en titre de chapitre — et c’est voulu. L’écologie et l’intelligence artificielle ne sont pas des secteurs : ce sont des dimensions de tout. Les cantonner dans un ministère ou un chapitre, c’est déjà les trahir. Dans ce livre comme dans l’État que nous voulons, elles sont présentes dès la conception — dans chaque réforme, chaque norme, chaque investissement : l’école les enseigne, la ferme les pratique, l’hôpital s’en sert, la défense s’en arme. Tout doit être écologique et intelligent par construction, pas par rattrapage.

Mais « l’intelligence artificielle partout » n’est pas un slogan : c’est une chaîne physique, et nous la nommons. L’IA, ce sont d’abord des kilowattheures — sans électricité décarbonée et abondante, pas de calcul ; c’est tout le sens de notre programme nucléaire (chapitre XI). Ce sont ensuite des centres de calcul et un cloud souverains, soustraits aux lois extraterritoriales (chapitre IX). Ce sont des puces — et nous voulons en fabriquer sur le sol européen, en poussant nos champions du calcul, de SiPearl à VSora et Arago, plutôt que de dépendre à jamais d’un seul fournisseur étranger. Ce sont enfin des modèles ouverts, Mistral et OVH en tête. Le courant, le calcul, le cloud, la puce, le modèle : voilà les cinq étages, et nous les construirons tous.

C’est à cette aune qu’il faut juger les annonces. Les 200 milliards d’euros « d’ici 2040 » désormais agités dans le débat — dont la moitié publique, et dilués dans un fourre-tout « IA et innovation » — font à peine une quinzaine de milliards par an, sans qu’on sache au juste ce qu’ils financent ni ce qu’ils bâtissent. À l’heure où les géants américains engagent une telle somme en quelques mois, un chiffre rond étalé sur quinze ans n’est pas une ambition : c’est un élément de langage. Nous ne promettrons pas un montant ; nous construirons une chaîne.

Un mot, enfin, sur les autres — car les programmes sortent du bois. Ce livre ne demande pas qu’on le croie : il demande qu’on le calcule. Le moteur du chapitre XXI auditera n’importe quel programme — le nôtre comme ceux d’en face — sous trois écoles économiques, en trente secondes. Alors comparons.

À gauche, le programme de Jean-Luc Mélenchon promet l’abondance par le déficit : de l’ordre de 250 à 300 milliards d’euros de dépenses nouvelles, une fiscalité alourdie de dizaines de milliards, la retraite à soixante ans — et, de son propre chiffrage, un déficit poussé près de 5 % du produit intérieur. Notre moteur a déjà audité un programme de cette famille : il affiche un solde flatteur à court terme, puis s’effondre après 2032, quand les recettes d’exception s’érodent et que les dépenses permanentes, elles, demeurent. Ajoutez-y les ambiguïtés répétées face à l’antisémitisme et une politique qui flatte les communautés au lieu de les réunir — l’exact contraire de notre chapitre XIII —, et vous tenez la recette d’une déroute, sociale autant que budgétaire.

Au centre, le plus sérieux de nos concurrents avance souvent la bonne méthode — la capitalisation des retraites, une règle d’or budgétaire, le référendum —, et nous partageons ces constats sans la moindre gêne. Mais annoncer trois référendums et le gouvernement par ordonnances, c’est promettre une méthode, pas un cap : cela ne dit ni l’ordre des efforts, ni les perdants, et ne se soumet à aucun moteur public. La continuité gérée avec talent n’est pas la rupture chiffrée — et l’on ne délègue pas au référendum le courage de dire, avant l’élection, ce que chaque réforme coûtera et à qui.

Quant aux autres — le Rassemblement national, une gauche de gouvernement encore sans visage —, ils n’ont, à ce jour, aucun programme chiffré à opposer. Nous ne jugeons pas ce qui n’existe pas. Mais le moteur sera là le jour où ils poseront leurs chiffres : public, gratuit, implacable. Qu’ils s’y préparent.

Un mot personnel, pour finir — le seul de ce livre. Je l’écris en père de quatre filles, lyonnais devenu « parisien du centre » qui a fait, dans une ville et une époque où c’est devenu rare, le pari de la famille. C’est un choix, le mien, et je ne l’érige en modèle pour personne. Que des femmes disent aujourd’hui, librement, ne pas vouloir d’enfants — elles à qui l’on ne demandait pas leur avis hier, et que la société jugeait — est un progrès que ce livre défend autant que le reste : une liberté qui ne protégerait qu’un seul choix n’en serait pas une. Si j’insiste tant sur la natalité, ce n’est donc pas pour faire injonction à quiconque ; c’est pour lever les obstacles — le logement, la précarité, la double peine des mères — qui empêchent d’avoir des enfants celles et ceux qui en veulent. Je me refuse seulement à appeler les Français à parier sur l’avenir sans avoir engagé ce pari moi-même. Ce livre est écrit pour la génération de mes filles, et pour le pays que nous leur laisserons — qu’elles choisissent, ou non, d’y élever des enfants.

On ne redresse pas un pays en l’humiliant. On le redresse en lui redonnant le goût de l’exigence et le plaisir d’être fier de lui-même. Voilà le sursaut.

SOMMAIRE — LES 21 CHAPITRES

PREMIÈRE PARTIE — INSTRUIRE, SOIGNER, UNIR

DEUXIÈME PARTIE — TRAVAILLER ET PRODUIRE

TROISIÈME PARTIE — PROTÉGER ET RASSEMBLER

QUATRIÈME PARTIE — DÉFENDRE ET RAYONNER

CINQUIÈME PARTIE — TENIR PAROLE

POUR FINIR