Pour nos enfants — le programme intégral

QUATRIÈME PARTIE — DÉFENDRE ET RAYONNER

CHAPITRE XVIII — LA PAIX SE PRÉPARE

La guerre est revenue en Europe, et notre moteur de simulation comporte un scénario que nous aurions préféré ne jamais écrire : un choc géopolitique majeur avant 2030. Nous ne le souhaitons pas ; nous nous y préparons. Car c’est la préparation qui rend la guerre moins probable ; la paix n’est pas un acquis, c’est un travail.

Proposition 54 — Une loi de programmation militaire en euros vrais : 2,5 milliards de plus chaque année

Ce qui existe. Une loi de programmation militaire engagée dans le rattrapage de trente ans de paix oisive et de réallocation des budgets. Mais les annuités s’annoncent en euros courants : l’inflation en mange une part, et les reports de charges font le reste.

Ce que l’on constate. Les stocks de munitions se comptent au mieux en semaines de combat. Les armées disposent de bijoux et manquent de tout ce qui s’use : pièces, obus, entretien.

Ce qui nous menace. Notre scénario de choc le dit froidement : si la guerre touche l’Europe avant 2030, c’est l’épaisseur (munitions, maintenance, stocks, appareil productif) qui décidera, pas le défilé du 14 Juillet.

Ce que nous ferons. La loi de programmation sera renforcée de 2,5 milliards d’euros réels par an jusqu’en 2030 — réels, c’est-à-dire en euros constants, au-dessus de l’inflation : des euros qui achètent, pas des euros qui annoncent. Priorité à ce qui s’use : munitions, stocks, maintenance, puis aux programmes d’avenir. Chaque euro sera classé en investissement stratégique, conformément à notre règle budgétaire : la défense est le premier des investissements, pas la première des variables d’ajustement.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les autres ministères, car l’argent n’existe qu’une fois -nous le disons au lieu de le cacher ; et le confort du désarmement budgétaire, qui fut une douce illusion. Y gagnent : les armées, l’industrie de défense et ses bassins d’emploi, et la crédibilité française en Europe.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’assurance coûte toujours moins cher que le sinistre. Un pays crédible militairement est attaqué moins souvent, écouté plus souvent, et emprunte la confiance de ses alliés.

Les chiffres. Coût : +2,5 milliards d’euros réels par an jusqu’en 2030, puis +1,5 — soit +23 milliards à terme (levier « défense » du moteur), en euros constants, au-dessus de l’inflation. Rapport : consolider en euros vrais une loi de programmation de 413 milliards (2024-2030) que l’inflation et les reports de charges grignotent. Inaction : des stocks de munitions chiffrés en semaines de combat, quand la haute intensité en consomme plus en un jour que l’Europe n’en produit en plusieurs mois. Trajectoire : classé en investissement stratégique — le premier des investissements, pas la première variable d’ajustement. Concrètement : priorité absolue à ce qui s’use — munitions, stocks, maintenance — avant les programmes d’avenir.

Proposition 55 — Deux porte-avions de nouvelle génération, financés à plusieurs

Ce qui existe. La France possède un seul porte-avions. Quand il est en entretien -des mois entiers, régulièrement- la France n’a pas de groupe aéronaval opérationnel. Notre propre doctrine le reconnaît : face aux crises lointaines, notre capacité de projection est insuffisante.

Ce que l’on constate. Un porte-avions sur deux, c’est la puissance à mi-temps. La permanence à la mer exige deux coques : tous les marins le savent, tous les budgets l’ont fui depuis la vente du Foch en 2000 !

Ce qui nous menace. Une décennie où les routes maritimes se militarisent, et une France qui, six mois sur douze, regarde.

Ce que nous ferons. Deux porte-avions de nouvelle génération (PANG) — de l’ordre de dix milliards d’euros l’unité, mais dix-sept à dix-huit pour les deux grâce à l’effet de série sur la seconde coque, construits sur dix à quinze ans —, en financement hybride : le budget national en socle, le co-financement des partenaires du noyau européen, et des emprunts communs de défense -ces obligations européennes que les États dits frugaux refusent encore, et que le traité du noyau rendra négociables, parce qu’on y co-décide ce qu’on co-finance. La mutualisation européenne portera sur la coque et le groupe aéronaval conventionnel ; la décision d’emploi de l’arme nucléaire, elle, ne se partage jamais. En cas de choc majeur, une dette spéciale de défense sera sortie de la trajectoire budgétaire ordinaire : on ne compte pas une guerre comme on compte un guichet.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les partisans du chacun chez soi budgétaire, contraints de négocier ; et le tabou des emprunts communs. Y gagnent : la marine, les chantiers navals et leurs dizaines de milliers d’emplois, et les Européens, qui obtiennent une capacité qu’aucun d’eux ne peut se payer seul.

Pourquoi tout le monde y gagne. Ceux qui co-financent co-décident — et sont co-protégés. C’est l’Europe puissance à l’état concret : de l’acier, pas des communiqués.

Les chiffres. Coût : ~10 milliards d’euros l’unité, ~17 à 18 pour les deux grâce à l’effet de série sur la seconde coque, étalés sur dix à quinze ans ; et un coût de fonctionnement annuel qui double avec un second groupe aéronaval permanent. Rapport : la permanence à la mer — un seul porte-avions n’offre la puissance qu’à mi-temps. Inaction : six mois sur douze sans groupe aéronaval opérationnel quand le Charles-de-Gaulle est en entretien, à l’heure où les routes maritimes se militarisent. Trajectoire : financement hybride (socle national, co-financement du noyau, eurobonds de défense) ; la mutualisation porte sur le conventionnel, jamais sur la décision nucléaire, qui reste souveraine. Concrètement : en cas de choc, une dette spéciale de défense hors trajectoire ordinaire — ceux qui co-financent co-décident et sont co-protégés.

Proposition 56 — Le paradigme ukrainien : le frugal qui gagne

Ce qui existe. Des décennies de « moins mais mieux » : des programmes d’armement exquis, longs, coûteux, livrés en petites séries. Des procédures d’achat conçues pour le temps de paix… et un retournement depuis 2024 qui commence à porter ses fruits !

Ce que l’on constate. L’Ukraine tient tête à une armée dix fois plus riche avec des drones à quelques milliers d’euros qui détruisent des blindés valant des millions. La guerre moderne consomme quotidiennement des munitions plus vite que l’Europe entière n’en produit en plusieurs mois !

Ce qui nous menace. Une armée d’échantillons : superbe au défilé, épuisée en six semaines. Le raffinement sans la masse, c’est la défaite de luxe.

Ce que nous ferons. La doctrine du mélange : le haut de gamme pour la supériorité -dissuasion, sous-marins, armes hypersoniques, espace- la masse frugale pour la durée - drones, munitions, brouillage, production en grande série. Les appels d’offres de la défense seront simplifiés et accélérés, comme notre scénario de choc le prévoit déjà. L’industrie sera contractualisée sur des cadences, pas seulement sur des prototypes : la capacité à monter en production devient un critère d’attribution.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : la rente du tout-exquis, et les lenteurs de procédure érigées en culture. Y gagnent : les armées, qui acquièrent la profondeur ; les PME industrielles, qui entrent enfin dans la commande de défense ; le contribuable, qui obtient plus de défense par euro.

Pourquoi tout le monde y gagne. La leçon ukrainienne est une leçon d’humilité et d’espoir : le génie frugal bat la masse aveugle. La France a les ingénieurs des deux mondes -le raffiné et le frugal. Il faut les deux pour gagner ; nous aurons les deux pour ne pas avoir à nous battre.

Les chiffres. Coût : neutre, voire une économie — un drone à quelques milliers d’euros détruit un blindé à plusieurs millions ; la masse frugale coûte une fraction du tout-exquis. Rapport : plus de défense par euro, et des PME industrielles qui entrent enfin dans la commande d’armement. Inaction : des procédures d’achat en années et des séries courtes, quand le tempo de la guerre se compte en semaines. Trajectoire : dans l’enveloppe de la proposition 54, mieux dépensée. Concrètement : l’industrie contractualisée sur des cadences de production, pas seulement sur des prototypes — monter en série devient un critère d’attribution.

Proposition 57 — La dissuasion élargie à l’Europe, l’économie de guerre si nécessaire

Ce qui existe. La dissuasion nucléaire française protège la France ; le parapluie américain protège l’Europe -ou protégeait. Une Amérique présente mais passive est désormais une hypothèse de travail, pas une provocation rhétorique.

Ce que l’on constate. Nos voisins cherchent une assurance vie. La France est la seule puissance nucléaire de l’Union : ce monopole est une responsabilité avant d’être un privilège.

Ce qui nous menace. Une Europe non couverte est une Europe qui se fera intimider, ou qui proliférera en désordre. Les deux sont des cauchemars.

Ce que nous ferons. Ouvrir la dimension européenne de notre dissuasion : élargie à l’Europe dans ses effets, décidée souverainement par la France — le « bouton » ne se partage pas, la protection si. Le co-financement capacitaire passera par le noyau. Et si la guerre vient, tout est déjà simulé et publié : défense portée à 6 % de la richesse nationale, économie de guerre, dette spéciale hors trajectoire, cyberdéfense dimensionnée à minimum trois fois les attaques subies lors des Jeux de 2024 ; l’école, la santé et la justice sanctuarisées ; les réformes non vitales suspendues. Un pays qui a déjà fait ses comptes de guerre ne panique pas, il déroule et il exécute.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : les partisans du déni, à qui ce chapitre déplaît par principe ; et, dans le scénario noir, tout le monde, c’est bien pourquoi tout ce chapitre vise à l’éviter. Y gagnent : nos voisins, couverts ; la France, replacée au centre du jeu européen.

Pourquoi tout le monde y gagne. La dissuasion, c’est la guerre rendue irrationnelle pour l’agresseur. Chaque euro qui la crédibilise est un euro qui rapproche de la seule victoire qui vaille : celle qu’on n’a pas eu à remporter.

Les chiffres. Coût : nul en temps de paix — la dissuasion existe et tourne déjà (de l’ordre de 13 % du budget de défense) ; en cas de choc, défense portée à 6 % de la richesse nationale, économie de guerre, dette spéciale hors trajectoire. Rapport : la France, seule puissance nucléaire de l’Union, élargit sa protection à l’Europe dans ses effets — sans partager le « bouton ». Inaction : à découvert, l’Europe s’expose à l’intimidation ou à une prolifération en désordre. Trajectoire : neutre hors crise ; en crise, hors trajectoire ordinaire, école, santé et justice sanctuarisées. Concrètement : un scénario de guerre déjà chiffré et publié — cyberdéfense dimensionnée à trois fois les attaques des Jeux de 2024, réformes non vitales suspendues.

Proposition 137 — L’espace, la cyber et l’intelligence artificielle : la guerre à plusieurs étages

Ce qui existe. La guerre ne se livre plus seulement sur terre, sur mer et dans l’air : elle se livre dans l’espace, dans les réseaux et dans les algorithmes. L’Ukraine l’a montré — sans les satellites de Starlink, pas de commandement ; sans cyberdéfense, pas de résilience. La France possède un Commandement de l’espace, mais le débat public l’ignore encore.

Ce que l’on constate. Toute notre défense dépend désormais de l’espace : communications, renseignement, navigation, ciblage. Et l’orbite se militarise à grande vitesse — brouillage, destruction, prise de contrôle de satellites. L’espace, la cyberdéfense et l’intelligence artificielle militaire ne sont pas trois sujets : c’est un seul continuum, et il faut le penser d’un bloc.

Ce qui nous menace. Une armée aveugle et sourde le jour où ses satellites sont brouillés et ses réseaux pénétrés — c’est-à-dire une dissuasion qui ne dissuade plus. Qui domine l’orbite domine le champ de bataille.

Ce que nous ferons. Faire de l’espace, du cyber et de l’intelligence artificielle un axe majeur de la loi de programmation militaire : protéger nos satellites — les patrouilleurs-guetteurs Yoda, une première européenne —, durcir nos réseaux, armer nos états-majors d’une intelligence artificielle de souveraineté. Et reconstruire, sans angélisme, le couple franco-allemand de l’espace. Le socle existe : Ariane 6, qui a rendu à l’Europe son accès autonome à l’orbite, et IRIS², la constellation de communication sécurisée, notre réponse souveraine à Starlink. Mais en 2026, l’Allemagne s’est retirée d’IRIS² pour un programme concurrent : nous ne célébrerons pas une harmonie qui n’existe pas, nous la rebâtirons — l’avance souveraine française additionnée du budget et de l’industrie allemands, plutôt que la duplication.

Qui y perd, qui y gagne. Y perdent : ceux qui croyaient la guerre cantonnée au sol, et les rivaux qui prospéraient sur notre dispersion. Y gagnent : nos armées, qui voient et résistent ; notre base industrielle spatiale ; et l’Europe, si elle cesse de financer deux fois les mêmes constellations.

Pourquoi tout le monde y gagne. L’espace n’est pas un luxe de puissance : c’est la condition de toutes les autres. La nation qui tient l’orbite tient ses communications, sa dissuasion et son économie — et celle qui la partage avec ses voisins multiplie sa force au lieu de la diviser.

Les chiffres. Coût : ~6 Md€ pour le spatial dans la loi de programmation 2024-2030 (sur 413), à conforter ; cyber et IA militaire relèvent de la même loi. Rapport : la protection de l’outil dont dépend tout le reste — comms, renseignement, navigation, ciblage —, appuyée sur un Commandement de l’espace à Toulouse (~500 experts). Inaction : des satellites brouillables et des réseaux pénétrables, soit une dissuasion en trompe-l’œil. Trajectoire : dépense de défense, dans l’effort de la proposition 54 et mutualisable par le noyau européen. Concrètement : parce qu’en 2026 l’Allemagne a quitté IRIS², le couple franco-allemand de l’espace est à refaire, pas à fêter.